Peintures

J'aime partir d'une surface déjà imagée, naviguer sur des flots d'images, usées, essoufflées d'avoir trop séduit : des cartes postales, des carreaux de faïence, des couvercles de boîtes précieuses qui ont conservé des trésors de couture, de pharmacie et d'autres quincailleries. J'entre comme un cambrioleur dans ces mondes qui ne m'appartiennent pas, et dont je n'aime ni les formes ni les couleurs. Ce sein sous le corset, je n'en supporte pas la courbe, mon corps regimbe, je veux retrouver mes lignes, mes rythmes.

Braconnier dans la forêt, je m'introduis d'un coup de crayon dans l'image dans l'espoir d'y poser mon piège. Alors un déménagement s'organise. J'envoie par-dessus bord les napperons, gracieuses pin-up, antique piano, galoches de breton et verts palmiers. Mais il reste encore un beau petit bordel : une bosse de chameau, un parapluie de béguinage, ou encore un bout de mollet et son pied. Pas question de tout jeter. Tiens, une gondole si anecdotique que je n'aurais jamais pensé qu'elle fasse partie de mon arsenal. Je garde aussi cette crosse de fusil spahi, ça deviendra le museau d'un loup, et cette rose un con de femme. Je me fraye un passage, somnambule, à travers ces reliques devenues contraintes, sans carte de route, sans boussole.

Mes histoires naissent dans cet écart et nous mènent dans des fables où les humains s'animalisent et où le sexe est innocent et cruel. Mon travail s'arrête au moment où surgit ma surprise, au moment où j'ai enfin ramené l'homme dans sa sauvagerie d'enfant. 

© 2017 by Gérard Zingg

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